Article de journal de La Voix Du nord du 16 Juillet 2014

RONCHIN: l’huissier est passé, pas d’expulsion demandée pour les Roms de l’école Sainte-Thérèse Par la rédaction pour La Voix du Nord,Ambiance tendue ce matin à l’école Sainte-Thérèse. Assis sur un muret, Adrian, Mihiail et Puiu trompent leur impatience en regardant les enfants s’égayer au milieu de la cour vide. Dans le bâtiment derrière eux, les chambres ont été rangées, vidées de tout le superflu, en prévision d’un départ imminent. Les cartons sont empilés dans les bureaux de l’association La Pierre Blanche où la présidente, Martine Puzin, essaie elle aussi d’oublier qu’un huissier doit arriver d’une minute à l’autre.

Martine Puzin, la présidente, a reçu Marc Regula, huissier, et Gérard Petitprez, de l’AFLB, hier matin.

 

Mandaté par l’Association foncière Lille banlieue, qui gère le patrimoine immobilier du diocèse, il devra constater que l’école Sainte-Thérèse est toujours occupée, malgré l’accord avec l’AFLB et la municipalité qui exigeait un départ des familles le 14 juillet 2014.

Il est un peu moins de 10 h 30 quand Marc Regula arrive dans la cour, accompagné de Gérard Petiprez, le chargé de mission de l’AFLB. Difficile de dire qui est le plus gêné des deux face à cette situation complexe. « Nous ne demanderons pas l’expulsion, assure d’emblée M. Petitprez, pendant que l’huissier prend quelques clichés. On ne peut pas prêter un jour et mettre les gens dehors le lendemain. Nous comprenons la situation de ces personnes et de La Pierre blanche, qui n’a pas un rôle facile. »

Plus de social

Seulement, l’Association foncière Lille banlieue tient à prendre toutes les garanties, notamment auprès du promoteur immobilier intéressé par cette parcelle. « Il a prévu d’y construire quinze logements, reprend le chargé de mission. Nous avions un accord avec le maire précédent. Avec les élections municipales, il semblerait que les choses aient un peu évolué. Il s’agit d’une résidence pour particuliers, mais le nouveau maire attend davantage de logement social. Dans tous les cas, le projet n’est pas encore déposé. »

Le permis de construire est donc loin d’être validé. Ce qui laisse un toit au-dessus de la tête des Roms pendant quelques mois encore, même si, assure Martine Puzin, dès qu’une solution pérenne aura été trouvée, les familles feront leurs valises, pour de bon cette fois.

Travail, école: où en sont les familles?

Il reste quatre familles sur le site. L’obtention d’un logement social, procédure longue et compliquée, suppose que les demandeurs soient en situation régulière au niveau administratif, et disposent d’un revenu, au minimum. Ce qui est le cas pour Ramona, l’une des chefs de famille. Elle travaille depuis plusieurs mois dans un atelier d’insertion à Ronchin. Pour Adrian, Mihiail et Puiu, les choses avancent. Adrian devrait commencer à travailler dans un entrepôt de logistique à la fin du mois de juillet. Mihiail a déposé des dossiers de candidature « pour les espaces verts, le nettoyage des routes ». Et Puiu est spécialisé dans « le travail agricole ».

Peur de l’école

« Toutes ces familles ont énormément avancé depuis qu’elles vivent ici à l’école, assure Martine Puzin, la présidente de La Pierre blanche. Chez eux, ces Roms n’ont pas bénéficié d’éducation scolaire. Leur relation à l’école est très particulière. Ils avaient peur d’y inscrire leurs enfants, ici. Cela représente encore quelque chose de difficile dans leur esprit. Mais ils souhaitent s’intégrer, alors il faut les aider. »

Tous les enfants en âge d’être scolarisés ont été inscrits à l’école ces quatre dernières années. Et si les vacances sont bien entamées, les cartables sont déjà prêts pour la rentrée, dans des classes du quartier. « Nous avons anticipé les démarches malgré la menace de déménagement, quitte à demander un changement par la suite. Mais l’idéal serait qu’ils restent dans ce secteur », précise la responsable, qui, appuyée par l’archevêque de Lille, est bien décidée à se battre jusqu’au bout. « Nous n’avons pas choisi ces familles. Elles sont venues à nous. Ce n’était pas la tâche la plus facile, mais notre devise est de parier sur l’homme. Alors tant qu’elles ne seront pas insérées par le logement et l’emploi, nous continuerons ! » C. B.