Article du journal La Voix du Nord

Ronchin: où vont aller les Roms de l’école Sainte-Thérèse, priés de partir le 14 juillet?

Par la rédaction pour La Voix du Nord, Publié le 05/07/2014 - Mis à jour le 05/07/2014 à 21:07

CARINE BAUSIÈRE PHOTO ARCHIVES PATRICK JAMES

Le délai d’occupation de l’ancienne école Sainte-Thérèse par les Roms expire le 14 juillet. Passé cette date, le diocèse, qui a déjà accordé une année supplémentaire aux familles installées depuis l’hiver 2010, entend récupérer son bien pour le vendre à un promoteur immobilier. Mais que faire de ces Roms, lancés depuis quatre ans dans une démarche d’insertion avec l’association La Pierre blanche?

L’activité bois, en partenariat avec Emmaüs, ne procure pas de revenus réguliers.

-En enfilant l’écharpe d’adjointe au logement il y a trois mois et demi, Virginie Drapier a hérité d’un dossier particulièrement délicat qu’elle ne sait plus par quel bout prendre. L’accord d’occupation de l’école Sainte-Thérèse par quatre familles de Roms arrive à expiration le 14 juillet. Drôle de symbole, mais c’est comme ça. Seulement, reloger une cinquantaine de personnes dans une commune où le délai d’attente pour accéder à un logement social flirte avec les douze mois ressemble de plus en plus à une mission impossible, malgré les nombreuses pistes étudiées. L’élue ne ménage pas ses efforts ni ceux de ses équipes, mais à moins de dix jours de la date fatidique, rien ne bouge. « On ne peut pas inventer pour les Roms des logements que l’on n’arrive pas à trouver pour les autres Ronchinois », déplore-t-elle.

L’échéance était pourtant connue depuis un an. Seulement pour prétendre à un logement social, étape suivante dans le parcours d’insertion des Roms, il faut pouvoir attester d’être en situation régulière sur le sol français et d’avoir un revenu, au minimum. L’association La Pierre blanche, qui a pris en charge les familles, a décroché un partenariat autour du bois avec Emmaüs. Mais il ne s’agit pas d’un réel travail, plutôt d’une activité d’appoint.

« L’an dernier, les familles n’étaient pas donc capables de fournir tous les éléments requis, reprend Virginie Drapier. Les démarches de recherche d’emploi n’ont pu s’activer qu’en janvier 2014, date à laquelle les Roms ont pu s’inscrire au Pôle emploi en tant que ressortissants européens. La mairie fait avec eux la même chose qu’avec les autres Ronchinois, en les aidant dans leurs démarches administratives. Mais aujourd’hui, tout est bloqué. C’est compliqué de faire des miracles en quelques mois. Nous avons énormément d’autres demandes prioritaires et plusieurs dizaines de candidatures pour chaque logement dans la commune… »

Quatre ans de travail

En février 2010, onze familles se sont installées en urgence dans cette école inoccupée prêtée par le diocèse à l’association La Pierre blanche. Tous les six mois, par contrat, les Roms s’engageaient à respecter des règles en contrepartie de l’aide de l’association : pas de mendicité, scolarisation des enfants, alphabétisation des adultes, recherche d’une activité pour les chefs de famille et participation aux frais d’hébergement.

Le discours n’a pas plu à tout le monde, sur les onze familles hébergées, six sont parties rapidement. L’association a recentré son action sur les cinq restantes. Jusqu’à l’an dernier, où les parents de la jeune Petronella, 13 ans, ont été priés de quitter les lieux après avoir marié leur fille à un jeune Rom à l’occasion d’un voyage en Roumanie.

Recherche maison ou appartement…

« Nous aurions espéré au moins une trêve estivale, mais je comprends que le propriétaire veuille récupérer son bien », concède Martine Puzin, de l’association La Pierre blanche, prise elle aussi dans un étau. Depuis quatre ans, la responsable est aux côtés de ces familles pour mener à bien le processus d’insertion. « Et nous ne les abandonnerons pas tant qu’elles n’auront pas trouvé un véritable logement, gage d’une insertion réussie », assure-t-elle.

« On ne peut pas partir sans logement »

Pour l’heure, une seule solution a été proposée aux familles. Emmaüs accepte de leur mettre un terrain à disposition à Nieppe, sur le site de la communauté. La Pierre blanche participerait aux frais d’installation de mobil homes. Une proposition qui a provoqué beaucoup d’émoi chez les Roms, inquiets de quitter leur environnement ronchinois, les écoles et de tout recommencer ailleurs. « Ils étaient catastrophés, surtout les enfants, reconnaît Martine Puzin. C’est très compliqué à gérer. Nous avons bien pris note de la date butoir du 14 juillet, voire du 15 au soir, mais il faut prendre en compte le côté humain qu’on ne peut pas ignorer. On ne peut pas partir sans logement, surtout après tout le travail effectué… »

La responsable lance donc un appel. L’association recherche des maisons ou appartements à louer pour les familles, à Ronchin ou ailleurs. C. B.